mardi 1 février 2011

Les enfants terribles

Amy Chua s'en va-t-en guerre.

Professeure de droit à Yale, née aux États-Unis de parents immigrants de la minorité chinoise aux Philippines, Amy aime beaucoup l'ordre et la discipline. Et la controverse.

Son dernier billet, publié le 8 janvier dernier dans le Wall Street Journal, a reçu plus de réponses (7700) que n'importe quel autre article depuis la création du site web. Et ça se comprend aisément.

Le sujet, abordé de plein fouet : on élève mieux les enfants à la chinoise qu'à l'américaine. Entendre ici, selon Mme Chua, une éducation familiale sans compromis. Ici, l'enfant doit tout à ses parents qui eux veillent à tenir une interminable liste d'interdits : pas de nuit passée chez les amis, pas de sport étudiant, pas de relation amoureuse, pas de jeu vidéo, pas le choix d'apprendre la musique classique, pas le choix de l'instrument, pas de télé et surtout, pas de note inférieure à A. Sinon... Sinon c'est pas beau. En exemple ce passage particulièrement débile ou son enfant de 7 ans est incapable de jouer un truc vraiment poussé sur le piano...

Au départ je me suis dit ok, elle tient quelque chose. Il y a parfois un laxisme évident ici. Une espèce de survalorisation de l'enfant qui peut mener direct au petit roi, incapable de toute critique. Mais plus ça avance, plus on glisse vers une rhétorique simpliste et racoleuse. Comment peut-il n'y avoir qu'UN modèle d'éducation pour la Chine(!), et qu'un seul autre pour les États-Unis? Comment peut-elle se faire porte étendard du supposé modèle chinois en étant prof. à Yale, l'une des deux plus emblématiques institutions de "l'ennemi"? Et qu'arrive-t-il si le petit soldat n'est pas fait pour ça? Comment? dites-vous, la déprime chez les enfants n'existe pas? Bien sûr, tout comme il n'y a pas d'homosexuel en Iran, j'imagine.

Article :

http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704111504576059713528698754.html

Pour un best of des réactions :

http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703959104576081873998873948.html?mod=WSJ_article_related

3 commentaires:

  1. Elle admet quand même que son "modèle chinois" est un appellation imprécise :

    "I'm using the term "Chinese mother" loosely. I know some Korean, Indian, Jamaican, Irish and Ghanaian parents who qualify too. Conversely, I know some mothers of Chinese heritage, almost always born in the West, who are not Chinese mothers, by choice or otherwise. I'm also using the term "Western parents" loosely. Western parents come in all varieties. [...]"

    J'aimerais bien savoir quelles sont les conséquences à long terme d'une éducation qui se fonde principalement sur le postulat que les parents savent toujours ce qui est mieux pour leur enfant. D'une certaine façon, le parent s'enracine dans la dynamique de contrôle / encadrement qui est nécessaire durant la petite enfance et maintient cette position autoritaire jusqu'au jour où, subitement, on transfert le contrôle à un jeune adulte qui n'a jamais eu à exercer son jugement pour lui-même.

    De plus, c'est amusant de voir que le succès de son modèle est "démontré" par la quantité de génies des mathématiques et de la musique qu'il produit. Pourrait-on penser qu'un peuple élevé de la sorte a été un terreau fertile pour que s'installe une puissante autorité gouvernementale qui se moque bien des droits humains et autres bagatelles occidentales ?

    Elle se demande "why are chinese mothers superior", alors que je pose la question : "why are chinese people so submissive". Pour elle et pour moi, il semble que la réponse soit la même.

    J'imagine que les journalistes chinois sont peu nombreux en Égypte... ou en Tunisie... No sleepover kids !

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  2. Comme on dit en internet, lol.

    Tu touches à un point important de la méthode dite Crouching Tiger-Double Dragon, à savoir les succès obtenus dans des champs très spécifiques et déterminés d'avance. Sont-ce là les seules disciplines honorables? Avouons que cela limite un potentiel latent pour moult autres domaines.

    Why are chinese people so submissive? Peut-être à force, comme tu le dis, de courber l'échine depuis longtemps face à une succession de régimes politiques rigides qui ne tolèrent pas la critique. Là dessus, question à mille dollars: qu'est-ce qui vient avant, le régime politique oppressant où la soumission populaire?

    Geeklectro, will now take your anwsers.

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  3. Confucius doit être content de voir que son système est encore en place.

    Un devoir d'éducation la plus haute le tout dans un cadre moral le plus strict. La finalité est évidemment de soutenir l'Empire et l'harmonie du peuple, ou autrement dit : les forces aux pouvoirs.

    Ce type d'éducation ne peut produire que des petits bonsaïs. C'est beau mais ce ne sont pas de vrais arbres. Façonnés et sculptés par une idée de perfection ne permettant pas de développer un esprit critique. Puis on reproduit le modèle.

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